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samedi 8 février 2014

Le Palais Dario de Venise

Tous les amoureux de Venise passant en vaporetto, en bateau ou en taxi bateau devant le palais Dario sur le Grand Canal auraient un jour aimé savoir ce qui se cache derrière cette façade aux marbres polychromes. La légende et les rumeurs, mais aussi les faits, répétitifs et troublants, en font un palais maudit. D'où notre curiosité exacerbée et notre envie de connaître l'intérieur de cette splendide demeure, à demie cachée depuis des années derrière de vils échafaudages. C'est en relisant "L'Altana ou la Vie Vénitienne" d'Henry de Régnier, l'un des meilleurs livres qui soient sur Venise, que j'ai trouvé cette description (septembre 1899)

"Le Palais Dario, à San Gregorio, a sa porte marine sur le Grand Canal, entre la Salute et l'Accademia, en face du Palais Corner della Cà Grande, et son entrée de terre au bout de la petite calle Barbaro quile sépare du Palais Volkoff, de même que le petit rio della Torresella le sépare du bâtiment que nous appelons la Macerata, du nom de l'honnête commerçant qui y a établi un déposito di vino. Il est de style lombardesque et date de la fin du XVe siècle. Il fut bâti par un marchand dalmate,enrichi dans les commerces de la mer, qui le dédia au génie de la ville, ainsi que l'atteste l'inscription latine gravée à sa base, où l'on peut la lire encore et qui porte ces mots Urbis genio Johannes Darius. Comme tous les palais de Venise, sa façade seule est revêtue de marbre. Ses parois latérales et son arrière sont teints d'un crépi rougeâtre. Cette façade de marbre blanc, veiné de gris et de rose, est ornée de disques de différentes grandeurs en marbres de diverses couleurs où dominent le serpentin et le vert antique et que cercle une bordure multicolore. Est-ce par suite d'un tassement de ses pilotis ou d'un fléchissement de sa structure, le Palais Dario penche légèrement, ce qui ajoute à sa grâce irrégulière et ouvragée. Pas très grand, il est d'un aspect particulièrement précieux, avec sa décoration d'un caractère élégamment byzantin mêlé de gothique. Les fenêtres de ses trois étages sont curieusement disposées. Sur la gauche, elles se superposent quatre par quatre. Sur la droite, à chacun des étages, s'en ouvre une seule, séparée de celles de l'étage correspondant par une large table de marbre où s'incrustent les disques dont j'ai parlé. Au rez-de-chaussée, des fenêtres en nombre égal accompagnent de chaque côté la porte que ferme une grille de ferronnerie. C'est aux marches de cette porte que vient accoster la gondole. 
  Le vestibule où l'on pénètre en entrant au Palais Dario est pavé et revêtu de marbre. Des orangers nains taillés en boules et plantés en des grands pots de terre cuite le décorent. Le Palais est éclairé à la lumière électrique. C'est elle qui a remplacé dans cette belle lanterne de galère, toute sculptée et dorée, les antiques cires d'autrefois. Du fond du vestibule part l'escalier qui dessert les trois étages du Palais. Il est étroit, assez roide, sans rampe ni main courante. Ses marches, comme ses parois, sont de marbre blanc. A chaque étage il s'interrompt par un étroit palier. 
  Des diverses pièces du premier étage, la principale est une galerie qui occupe en sa longueur toute la profondeur du Palais. Sur ses dalles sont jetés d'harmonieux tapis d'Orient. Le plafond est fait de poutres apparentes qui s'appuient à une corniche en relief. Tout un côté de cette galerie est garni de stalles et de boiseries de chœur provenant de quelque ancienne église. D'autres meubles complètent ce décor de beau style tables massives, fauteuils majestueux, sièges divers, sans compter deux grands globes armillaires, l'un terrestre, l'autre céleste. Au fond de la galerie est creusé un petit bassin où murmure un mince jet d'eau.      
Cette galerie se répète à l'étage au-dessus, où se trouvent la salle à manger et le salon rose.
 Il est, en effet, tendu d'une étoffe de soie ancienne, rose, brochée de petites fleurs, disposées en ruban, d'un rose éteint et très doux. On y entre par une porte qui donne sur le palier et qui est, à l'intérieur, revêtue de carrés de miroirs. Le panneau de fond de ce salon est occupé presque en son entier par une magnifique console de bois doré que surmonte une haute et large glace en un somptueux contournement de rocailles d'or, dans le goût fastueux et surchargé du XVIIIe siècle vénitien. De la même époque est aussi le poêle rococo en faïence blanche qui se dresse à l'angle de la pièce. En retour est placée la cheminée qui fait face à une autre glace dont le cadre est formé d'un bizarre entrelacement de câbles, d'ancres, de boussoles, de poulies, d'instruments de navigation, fantaisie marine de quelques armateurs du vieux temps. Aux murs sont accrochés un certain nombre de tableaux : un grand portrait de patricienne par Longhi, une autre dont le visage est caché par un de ces curieux petits masques noirs de forme ovale en usage à Venise. 

Ça et là beaucoup de charmants bibelots et un grand paravent où, sur un fond clair, un peintre fort habile a figuré des imitations de scènes chinoises, car les chinoiseries furent fort à la mode, à l'époque où le bon Carlo Gozzi portait à la scène l'histoire de la belle Turandot, princesse de la Chine. C'est dans ce salon rose que l'on reçoit d'ordinaire les visiteurs qui viennent au Palais à l'heure du thé. J'y ai vu un musicien, un médecin, une lady anglaise et un charmant petit prince viennois, parfumé, fardé et corseté, comme un archiduc d'opérette. 
  A l'étage supérieur se trouve, entre autres, la chambre que j'habite, la chambre à la loggia d'où l'on domine le jardin du Palais. Je descends parfois m'y promener. Il n'est pas grand. Un mur de brique rouge l'entoure qui le sépare du campicllo Barbaro. Quelques parterres de fleurs y accompagnent une tonnelle dont les piliers de bois ont pour support des femmes engainées jusqu'au ventre et le torse nu. Elles doivent être des bacchantes, car elles sont coiffées de pampres et offrent des visages joyeux et des poitrines abondantes et généreuses. Leurs seins se gonflent et pointent. Au-dessus de leurs têtes empamprées se suspendant de vraies grappes de raisins. J'aime les caresser quand leur bois vermoulu est tout craquant et tout chaud de soleil. Est-ce pour leur enseigner la tempérance que fait ce doux bruit d'eau la discrète fontaine adossée au vieux mur rouge? Elle s'écoule dans une cuve de marbre et mêle son murmure au frémissement du feuillage, au bourdonnement des insectes et au grésillement ailé des moustiques, car les moustiques, qu'on les appelle zanzare ou mussati, ne manquent pas à Venise, mais n'a-t-on pas pour s'en défendre les amples tulles de la moustiquaire et les fumées résineuses qui se dégagent du cône consumé des « fidibus » que l'on achète chez le signer Zampironi, pharmacien, Calle San Moisè?"

Articles :
Ca’ Dario : Le palais maudit de Venise ?
Le palais Dario, par le blog Olia i Klod



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